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    Gérardine

      

    Que soit béni le dieu du pipeau, de la lyre!

    Pour lui j'affronterai la tâche avec ardeur,

    Je poétiserai sans tomber en délire

    Pour un "pied" superflu qui se glisse en rôdeur:

    L'entreprise est ardue et l'on doit se relire.

      

    Je vois sa pureté, et sens comme une odeur

    Non pas de sainteté, mais du feu de l'ouvrage.

    De la faute à chasser, je perçois la rondeur;

    Nuit et jour j'y travaille et je frôle la rage.

      

    Je ne dois pour autant céder à l'abandon,

    Car cette Gérardine où j'œuvre avec courage

    Est un chantier d'épine, et même de chardon.

      

    Las, ma vue altérée a besoin d'un collyre!

    Je parviens au triomphe, en demande pardon.

      

    Que soit béni  le dieu du pipeau, de la lyre!

      

                       Yvane GIGNAT  - Janvier 2012

      


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    On ne sait plus dire : je t’aime

       

    On ne dit pas assez : je t’aime,

    Car le terme est bien galvaudé

    Au gré des amours que l’on sème.

    Puis, il nous semble démodé.

     

    On n’ose plus dire : je t’aime,

    A l’autre, par fausse pudeur.

    Ce verbe usé est-il le même

    Quand il a perdu sa candeur ?

     

    On ne sait plus dire : je t’aime,

    A l’amant, au père, à l’enfant.

    Un même mot est-il l’emblème

    De sentiments si différents ?

     

    Dire : je t’aime, est-il prudent ?

    Pourquoi faut-il qu’on le prononce

    Lorsque l’amour est décadent

    Et déjà déchiré aux ronces ?

     

    On dit parfois si mal : je t’aime.

    Amour éphémère et trompeur

    Du bout des lèvres, il est blasphème,

    Une eau de rose sans saveur.

     

    Alors dites-le en silence.

    Du fond du cœur, du fond des yeux

    N’attendez pas que soit l’absence

    Et venu le temps des adieux.

     

      

                    Yvanne GIGNAT - Mai  2014

     


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    SOIR D’ÉTÉ

     

     

    C’était un soir d’été où les roses embaumaient,

    Effluves de la terre et ses parfums sauvages ;

    Quand la chaleur torride asséchait les feuillages,

    La fraîcheur revenue alors les ranimait.

     

    C’était un soir d’été dont le ciel constellé

    Nous laissait espérer une étoile filante,

    S’enfuyant sous nos yeux, comète scintillante,

    Lointain monde inconnu qui s’en était allé.

     

    C’était un soir d’été où chaque arbre parlait,

    Où l’on humait le vent et la nuit sur la terre.

    Un espace de temps, un transparent mystère,

    Sonate aux mille chants que le souffle exhalait.

     

    C’était un soir d’été nimbé de bleu profond,

    Dans ce moment tranquille, à l’aura cristalline,

    Ineffable douceur et présence câline

    D’une nature amie où l’âme se confond.

     

    C’était un soir d’été où l’amour pas à pas

    Bâtissait son présent, apportait son sourire.

    C’était un soir d’été aux reflets de porphyre,

    Qui n’était que pour nous : nous ne le savions pas.

     

     

                                                 Octobre 2013 – Yvanne GIGNAT


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    C'est l'Homme

     

    Il s'en allait par les chemins,

    En poussant son troupeau d'étoiles,

    Vêtu d'espoirs et d'illusions,

    La cœur plein de mille soleils.

        Il s'en allait par les chemins.

     

    Il s'en allait par les chemins,

    Rêvant sa vie, tout doucement,

    Vivant son rêve au quotidien,

    La tête en l'air, les pieds sur terre,

        Il s'en allait par les chemins.

     

    Il s'en allait par les chemins,

    Parlant aux arbres et aux oiseaux,

    Faisant signe à la tourterelle,

    Parfois rencontrant une fleur,

        Il s'en allait par les chemins.

     

    Il s'en allait par les chemins,

    Content d'un rien, d'un bout de pain,

    Pauvre de tout, ne possédant

    Que l'univers et le cosmos,

        Il s'en allait par les chemins.

     

    Il s'en allait par les chemins,

    Cherchant le beau, cherchant une âme

    Avec qui pouvoir échanger,

    Parler d'amour et de justice.

        Il s'en allait par les chemins.

     

    Il s'en allait par les chemins,

    Parvint ainsi au bout du monde,

    S'aperçut que la terre est ronde.

    Déçu de n'avoir rien trouvé,

    Il repartit d'où il venait.

        Il s'en allait par les chemins.

     

                 Décembre 2013 - Yvanne GIGNAT


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  •    S.D.F. 

     

     

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Je n’aurai jamais eu la veine

    D’avoir câlin contre son sein,

    De faire à « maman » un dessin.

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Le temps de voir le jour – à peine –

    Je fus déjà quêtant l’amour,

    Et depuis le cherche toujours.

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Pour sa beauté, comme une reine,

    Je n’attirai que des pervers,

    À peine aima-t-on mes yeux verts !

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Je ne vis fuir, comme la Seine,

    Qu’amour fugitif inconstant,

    Amour donné, j’en ai eu tant !

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Le seul amour vrai que  j’emmène

    Est humblement venu d’un chien,

    Car il est fidèle, et c’est bien.

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    J’ai eu, douce chaleur de laine,

    L’amour pur d’un enfant indu,

    Amour qu’il m’a si bien rendu.

     

    Le cœur navré et l’âme en peine,

    Je porterai encor la chaîne

    D’amour donné, j’en ai eu tant,

    Pour le retour, il n’eut le temps.

     

    Le cœur glacé, l’âme sereine,

    M’en irai vers la vaste plaine,

    Seule toujours, dans la détresse

    De l’amour parti sans adresse.

     

    •                            Yvanne GIGNAT

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