• Les faux amis

     

     

    Je me dis quelquefois si depuis que j’existe,

    De ceux que j’ai connus j’avais gardé le nom,

    Je pourrais aujourd’hui me dresser une liste

    De sacrés comédiens, et plusieurs de renom.

     

    On devrait découvrir à chacune des pages

    Tous ceux qui par orgueil se disaient vos amis,

    Pour vite disparaître en dépit des usages,

    Aux premiers mauvais tours qu'ils s'étaient cru permis.

     

    Puis qui vous revenaient sans chercher une excuse,

    Comme si par principe ils n'avaient jamais tort,

    Contestant longuement ce dont on les accuse,

    Avant peut-être enfin de vous jeter un sort.

     

    Qui ne vous lâchent plus, proposent leur service,

    Puisque l'on a du mal à le leur demander,

    Se font très enjôleurs, et dont le plus grand vice

    Est de trahir encore, au lieu de s’amender.

     

    Et pourquoi pas aussi l’amateur de bourrade,

    Qui vous assène en clair, pour un peu, pour un rien,

    Ses coups les plus fougueux, et qui vous laisse en rade

    Dès qu’il faut vous sortir des griffes d’un vaurien.

     

    En fait, le temps aidant, j’aurais détruit ma liste,

    Par peur de voir chacun se remultiplier ;

    Ceux qui la composaient, dont l'image persiste,

    En guise de pardon, je veux les oublier.

     

                   Jacques LARROCHE


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  •  MASCARADE

      

    Combien j’en ai connu de ces illuminés,

    Militants d’un parti, numéros mis en fiches,

    Au plus grand avenir se croyant destinés :

    Ils dispersaient des tracts et collaient des affiches.

     

    Je les ai vus bientôt, souvent abandonnés,

    Autant mis à l'index des pauvres que des riches,

    Rien de bien différent depuis qu’ils étaient nés,

    De leurs convictions ne restaient que des friches.

     

    Combien j’en ai pu voir de ces hurluberlus,

    Députés, sénateurs, ministres à la pelle,

    Qui, profitant des droits qui leur sont dévolus,

    Aux abus ont pris goût, et toujours de plus belle.

     

    Je les ai retrouvés, plusieurs fois réélus,

    Comme si leurs forfaits les remettaient en selle,

    Ils promenaient sans fin leurs discours révolus,

    Et se tourmentaient peu qu'un jour on se rappelle.

     

                                      

                                       Jacques LARROCHE


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  •   

    COLLECTIONNEUR DE MOTS

      

     

    J’ouvre souvent, le soir, mon cher dictionnaire,

    Je m’attarde avec lui, je ne le quitte pas,

    Et pour peu qu’un seul mot, sortant de l’ordinaire,

    Se hasarde à ma vue, j’en oublie mon repas.

     

    Je le note aussitôt, il mérite une fiche,

    Que je dresse avec soin, en esprit pointilleux,

    Il est des plus discrets, mais parfois il s’affiche

    Dans quelque bref slogan qui le rend orgueilleux.

     

    Un autre m’apparaît au fin fond d’une page,

    Timide, délaissé, plein de salamalecs,

    Qui semble s’excuser du profil d’un autre âge

    Qu’il tient, sans trop savoir, de ses ancêtres grecs.

     

     Puis défilent tous ceux que je pense connaître,

    Braves passe-partout qu’on emploie couramment,

    Attention ! au milieu peut se cacher un traître,

    Au contenu suspect, sous un abord charmant.

     

    On n’est jamais trop sûr de son vocabulaire ;

    Que de fois j’ai surpris, en conversation,

    Dans un tract, un journal, dans une circulaire,

    Un terme inadapté à sa vocation.

     

    Lecteur, ne souris pas, à chacun sa marotte,

    Fais plutôt comme moi, ce n’est pas défendu,

    Grand amateur de mots, l’idée n’est pas si sotte,

    Elle t’évitera plus d’un malentendu.

     

     

                                             Jacques LARROCHE

     


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