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    LE PIANISTE

     

     

    S'égrènent sous ses mains, légères et pâlottes,

     

    D'autrefois les ruisseaux, les étangs vaporeux,

     

    D'où surgissent parfois, en cauchemars affreux

     

    Des cadavres pourris, hallucinantes flottes ;

     

     

    Fantasmes inquiétants en de glauques eaux mortes ;

     

    Lugubre exhalaison de songes miséreux

     

    Par le temps naufragés ; des outrages nombreux

     

    Ricanent sans espoir, monstrueuses cohortes…

     

     

    S'émeuvent ses accords au vu de tant de fleurs

     

    Qui se fanent bientôt, émouvantes douleurs,

     

    D'un cœur trop émotif en ses réminiscences... 

      

     

    Il se crée en rempart un monde harmonieux,

     

    C'est là son univers. Pourtant, en résonance

     

    Ses doigts mêlent leurs pleurs à ceux des besogneux...

     

     

    Germaine CARTRO

     


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    CYCLAMEN

    Sur gracieux longs cols 
    Sept corolles posées l
    Attendent sept licols :
    D'émigrer sont pressées !

    De coloris fuchsia,
    Ravissant ton de rose ;
    Je m'éternise là :
    Des vers je lui compose...

    Vais-je en faire un portrait ?
    La fine broderie,
    Qui renforce l' attrait
    D'une plante attendrie ?

    Vitalité d'un vert
    Veiné, subtile moire,
    D'un pétale entrouvert
    Que convoite la moire...

    Demain de sa splendeur
    Qui tôt sera froissée,
    Ne restera qu'ardeur
    Issue en ma pensée...

    Et lorsqu'il rejoindra
    Des fleurs le doux royaume,
    Il se le redira
    Mon poème, ce baume,

     

    Germaine CARTRO


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    Les licières d'Aubusson

    Leur travail, comme elles l'aiment !
    Autant que peintres, écrivains :
    Leurs gestes ne sont jamais vains,
    Dans l'harmonie ils les entraînent ;

    Mères et filles engendraient
    Sur leurs métiers, sourire aux lèvres,
    Malgré, parfois, la toux, la fièvre,
    L'art qui longtemps leur survivrait ;

    Humbles, soumises , patientes,
    Elles lissaient à petits points
    Des prodiges devenus biens,
    Patrimoine qui nous enchante... !

    Pour hier, aujourd'hui, demain,
    Ainsi que divinités sèment
    De pures splendeurs qui germent
    Et prennent forme entre leurs mains...

    Âmes des donjons, des palaces,
    Elles réchauffent les maisons
    Du lyrisme de leurs saisons,
    Dont les beautés oncques ne lassent.*..

    Germaine Cartro

    * oncques : jamais, vieux mot français...

     

     


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    CHARLIE

    Charlie, mon tigre à dents de sabre
    A rapetissé ;
    Il s'est fait chat.
    Mi sauvage, mi familier,
    Il a gardé la tenue rousse
    Arborée en la savane,
    Des millénaires auparavant,
    Dont son cerveau reptilien
    Conserve d'antiques faims.  

    Allongé sur le siège en rotin
    Du jardin,
    Il rêve à la chatte du voisin...

    Quand je passe,
    Il ouvre sa gueule
    Armée de puissantes canines,
    Félines...
    Je le caresse.
    Il oscille entre griffer ou mordre...
    Puis, il me lèche la main
    De sa langue aussi râpeuse
    Qu'un grattoir...
    Il s'étire, s'alanguit...
    Il redevient un mâle :
    Attention au coup de griffes
    Qu'il décoche sans prévenir :
    Méfiante, je me retire...

    Germaine CARTRO


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    L'ANTCHAR

    (D'après POUCHKINE (librement)

     

    Dans le plus lointains des déserts,

    Tel que tu ne te l'imagines, 

    Car en imagination 

    Son soleil te calcine ; 

    Les bêtes venimeuses 

    Se détruisent entre elles ;

    Le vautour charognard,

    S'enfuit à tire-d'ailes… 

    Pourquoi ? Me direz-vous ? 

    Car y sévit l'ANTCHAR !  

    Dont la simple présence 

    A cent lieues à la ronde  

    Suinte son venin 

    Tuant tout ce qui vit, 

    D'une manière immonde ; 

    Il trône, ce tyran 

    Et alentour de lui 

    On voit des ossements 

    Que le soleil blanchit ; 

    Repérant le vivant, 

    Le grand ou le petit 

    Il en tire le suc 

    Engendrant sa folie… 

    Les nuages là-haut 

    S'en vont tourbillonnant 

    Et s'écartent de lui 

    A de grandes hauteurs 

    Et si la pluie le touche 

    S'infectant aussitôt, 

    Elle devient toute noire 

    Et ceux qui s'y abreuvent 

    Attirés par son tronc 

    Ne font qu'un avec lui ;  

    Il deviennent momies, 

    Couches superposées, 

    C'est la mort elle -même 

    En strates disposée 

    Qui lui donne un pouvoir  

    Dont il s'effarouche lui-même !  

    L'homme a dit à l'homme, 

    « Va me chercher la gomme » 

    Produite par l'ANTCHAR ; 

    Et l'esclave soumis 

    Rapporta la résine 

    Dans laquelle son maître 

    Trempera ses flèches 

    Pour apporter la mort certaine 

    A ceux qui lui résisteront… 

    Et l'esclave à ses pieds 

    Meurt dans les souffrances horribles 

    Provoquées par l'ANTCHAR. …

     

    Germaine CARTRO le 28/06/17


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