• UN JOUR UN CHAT

     

    (histoire vraie, il y a longtemps)

     

    Au bord de la fenêtre, il chancelait, perclus ;

    D'un regard insondable il m'avait mesurée ;

    Famélique, hésitant, sa voix douce, feutrée,

    Semblait me demander ce qui n'existait plus ;

     

    L'enfant ou l'animal sont de Dieu les élus ;

    Survécut avec nous la bête condamnée,

    Jetée hors de sa vue, atone et désarmée,

    Par un abject humain, un vil olibrius !

     

    Pitoyable minou, eût-on dit sans désir,

    Grignotant avec peine et sans aucun plaisir,

    Nous avait-il choisis pour terminer sa route?

     

    Le bon Dieu qui sait tout -  il vient, il reste ou va...-

    Sut lire le secret de son âme en déroute

    Et ce chat si timide, un soir nous enleva...

     

    Germaine Cartro le 15/12/16

     

     


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  • IL PLEUT

     

    Avec constance il pleut : des clichés maladifs ;

    Le ciel sans nuages revêtit sa parure

    D'un uniforme gris, la vilaine fourrure !

     Scandalisé, mon chien a de l'eau plein les tifs…

     

    Une inondation en ma tête profile

    Un larmoyant futur : mon cœur est un tombeau ;

    Aujourd'hui la tristesse oublia qu'il fit beau,

    Mais un rai de soleil brusquement se faufile...

     

    Cheveux dégoulinants, éplorés comme moi,

    Encollées jusqu'en haut mes bottes éculées ;

    borde un caniveau : ce sont les « eaux mêlées » ! 

     Danse des parapluies : la ville est en émoi !

     

    La pluie au ciel là-haut a fini son parcours ;

    A bientôt ! Février sans le savoir roucoule,

    Avant mars attendu, l'eau des nuages coule;

    Partez, et revenez, renouveau des amours ;

     

    Soleil, tes chauds rayons, de ces eaux sont voraces !

    Plaisamment se dessèche un macadam tout noir,

    Qu'une rigole boit ainsi qu'un entonnoir ;

    Du liquide inutile, il ne reste que traces ;

     

    Je fredonne en douceur la chanson du sursis  ;

    " Le ciel est par-dessus le toit, si bleu, si calme,

    " Un arbre dans le ciel qu'on voit berce sa palme" :

    Ainsi pleurait Verlaine, en son grabat assis ;

     

    Revenez au printemps arroser les fleurettes ;

    A la saison nouvelle, en ôtant sans rancœur

    Ce que l'ignorance revêtit de noirceur :

    Ayez pitié, mon Dieu, des blanches pâquerettes !

     

    Germaine CARTRO le 07/02/17

     


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    MADELEINE

     

    Tôt le matin de Chandeleur,

    En le verger, la Madeleine

    En robe d'or, de grâce pleine,

    D'entre les fleurs, plaisante fleur !

     

    Elle se rend à la Grand' Messe,

    Comme un soleil en ses atours,

    Sa ceinture à quarante tours :

    "Tu ne vas pas à la kermesse !"

     

    "Retranche-toi dans la campagne"

    "- De te tancer, je suis confus, -"

    lui dit avec regret Jésus :

    "Sept ans, qu'un ange t'accompagne !"

     

    En une grotte se retire,

    Sans un miroir pour s'observer.

    Tenace, attend pour s'esquiver

    Jusqu'à la source qui l'attire...

     

    "De désir de plaire t'enchaîne !"

    "Quoi qu'il en soit, je te le dis"

    "Tu dois gagner ton paradis"

    "Dans le creux, au-dessous du chêne "

     

    Sept ans, sept ans de plus ! un score !

    En personne, le Seigneur vint

    Quérir la Sainte : il en convint

    En son Salut plus belle encore !

     

    Germaine Cartro le 03/03/17


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    L'IRIS




    L'iris à tête couronnée
    Elève au ciel son front altier ;
    En bordure du vieux sentier
    Fleur orgueilleuse, pomponnée,

    Blanche, lilas, ou citronnée,
    Au ravissement du rentier
    L'iris à tête couronnée
    Elève au ciel son front altier...

    Puis corolle parcheminée,
    En saluant, par le sentier,
    S'en est allée.  Humble lotier
    La vit pleurer fort chagrinée ;
    Iris, tête découronnée...


    Germaine CARTRO

     


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    LE PIANISTE


    S'égrènent sous ses mains, légères et palotes,
    D'autrefois les ruisseaux, les étangs vaporeux,
    D'où surgissent parfois, en cauchemars affreux
    Des cadavres, pourris, hallucinantes flottes ;

    Fantasmes inquiétants en de glauques eaux mortes ;
    Lugubre exhalaison  de songes bienheureux
    Par le temps naufragés ; des déhonneurs nombreux
    Ricanent sans espoir, monstrueuses cohortes…

      S'émeuvent les accords, en rires dans les fleurs ;
    Ce sont un peu partout, d'émouvantes douleurs,
    Quand une affliction rejoint la souvenance,
     
    Inutile frayeur ; Son monde harmonieux
    C'est là son univers : mais l'âme en résonance
    Se mêle, il n'y peut rien, aux hommes besogneux...

    Germaine CARTRO le 14/10/16


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