•  

    Colère

     

    Dans les méandres de mon ventre, sourde Colère

    Dans mes tripes, tortueuse Colère

    Labyrinthique Colère, où je me perds.

     

    Venant de l’intérieur, des objets pointus

    Me pourfendent et m’écorchent

    Surtout, que personne n’approche !

    Ma Colère dangereuse tue.

     

    Elle blesse, elle assassine

    Fait de moi, sa première victime.

    Querelles intestines entre moi et moi-même

    Elle est là, la Colère, et je suis en guerre.

     

    Colère métallique, mécanique infernale

    Comment sortir de ce dédale ?

    Je me taillade, je me condamne

    Me passe sous le fil des lames.

    Me coupe, me dissèque et me perce

    Dans mon odeur de sang, je me dépèce.

     

    Ainsi à vif, je m’offre à la Colère

    Comme sur l’autel d’un sacrifice.

    Qu’importe, je suis déjà morte à l’intérieur

    Consumée par l’acide, cuite dans ma bile

    La digestion des Dieux sera facile.

     

    Oh la douleur troublante

    Et la souffrance lente

    Dans mon cœur…

     

    Les fers chauffés au feu, rouges et anthracites

    Leurs morsures brûlantes piquant ma peau

    Il ne reste plus de moi que le fauve, l’animal,

    La bête qui a mal

    Et qui montre ses crocs.

     

    La Colère me terrasse, elle gagne toujours.

    Toujours ?

     

    Je voudrais être celle qui s’est relevée

    L’offrande, ouvrant les yeux, qui s’est échappée.

    Verser des seaux de pluie sur cet incendie.

    Me laver du fracas, des cliquetis d’épées

    Retrouver la tendresse

    D’un bébé juste né.

     

    Dorothée Alliot Gonçalves

     


    votre commentaire
  •  

    Agnelle

     

    Et bébé

    qu’est-ce que tu fais là ?

    De chair et de laine

    Une vierge des bois !

    Si pure, translucide

    Je ne t’attendais pas.

     

    Tu grimpes dans les arbres

    Et te pends aux branches

    Ivre de gaieté

    Dans ta robe blanche

    Dévoilant si fragile

    Ta peau de pétale

    Jeune brebis folle.

     

    De feuillage et de bois

    Tu te fais des couronnes

    Jeune reine 

    Tu m’as choisi pour roi

    Sur une couche de brindilles

    De mousse et de lichen

    Tu m’attends sereine

     

    Et moi, si fébrile.

    Agnelle de velours

    Je grave des je t’aime

    Et des mots d’amour

    A l’écorce des chênes.

    Amoureux malhabile

    Je chancelle vers toi.

     

    Dorothée Alliot Gonçalves

     


    votre commentaire
  •  

    Animal

     

    Sauvage, je te regarde de loin

    Je t’observe, t’examine

     

    Hume ton odeur

    Toute antenne dehors

    Je sens et devine

    Ton humeur

     

    Sauvage que je suis

    Tous mes sens en alerte

    J’écoute

    Si calmement tu respires

    Ou si tu halètes

    Je ne fais fi de rien

    Je fais feu de tout bois

     

    Tout est signe pour moi

    Les cinq sens en éveil

     

    Dorothée Alliot Gonçalves

     


    votre commentaire
  •  

    A ma grand-mère

     

    A ma grand-mère

    L’orpheline déracinée

    A sa souffrance, à sa misère

    A son exode, à ses valises

    A ses rêves oubliés.

    Aux histoires de son enfance

    A ses berceuses qui se balancent

    Encore sous mes paupières

    Et que parfois je chante.

    Ah, ces complaintes lentes

    Des femmes qui ont trop travaillé

    Comme Mémé

     

    A ma grand-mère

    Dont je porte le prénom

    A sa force, à sa lumière

    A ses pardons

    A ses renoncements

    A son regard d’enfant.

    Aujourd’hui si vieille

    Elle souffle le printemps

    Me donne le goût d’y croire

    De cultiver l’espoir

    Elle qui a tant semé

    Mémé

     

    Dorothée Alliot Gonçalves

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique