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    Les Français déprimés par leur littérature

    http://www.lefigaro.fr/livres/2013/12/27/03005-20131227ARTFIG00365-les-francais-deprimes-par-leur-litterature.php

      • Par Mathieu Rollinger
      • Mis à jour le 27/12/2013 à 17:43
      • Publié le 27/12/2013 à 17:33

    Victor Hugo et son «bonheur d'être triste».

    Pour l'hebdomadaire britannique The Economist, les responsables du pessimisme et de l'amertume ambiante en France sont à chercher du côté de ses grands écrivains. Les Anglais appellent cela notre «mal culturel».

    Si les Français ont le cafard, c'est la faute à Voltaire1. S'ils sont moroses, c'est la faute à Rousseau2. De l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique, les Français sont catalogués comme des personnes portant sur leurs épaules toute la misère du monde. Plusieurs articles de la presse anglo-saxonne se sont déjà inquiétés de l'état moral des Frenchies 3. Mais cette fois, The Economist pense avoir décelé un élément d'explication à ce spleen généralisé, dans un article titré «Bleak chic»4, littéralement le chic maussade.

    Quelques indicateurs statistiques plus ou moins fiables - le bonheur est un concept difficile à mesurer - confirment ce stéréotype qui nous colle à la peau. Plus déprimé qu'un Ouzbek, plus pessimiste qu'un Albanais, aussi malheureux qu'un Grec, le Français moyen ne semble pas heureux alors qu'il vit dans un pays développé et moins touché que d'autres par la crise économique. Le taux de suicide dans l'Hexagone est le plus élevé d'Europe occidentale après la Belgique5. Le journal britannique en déduit que cette fatalité contagieuse est ancrée dans les gènes des Français comme un mal culturel.

    La tradition du misérabilisme

    Pour The Economist, si le concept de la tristesse est culturel, on devrait forcément en trouver des traces dans la littérature. Le champ lexical autour de cette notion est d'ailleurs prolifique: anomie, désolation, aigreur, bourdon, désenchatement, morosité, spleen, etc. Mais surtout, les étagères de nos bibliothèques sont remplies d'œuvres qui permettent de dérouler ces «cinquante nuances de noir». Nos auteurs les plus illustres broient du noir, ce qui instaurerait une certaine tradition du pessimisme.

    Une coutume qui remonte au XVIIe siècle, avec René Descartes 6qui institue le doute comme premier réflexe de tout bon philosophe. Et il n'est pas le seul responsable. Chez les Lumières, Voltaire7 se moque allègrement de l'optimisme de son personnage Candide. Chateaubriand 8dans René caractérise «le mal du siècle» vécu par cette jeunesse «misérable, stérile et désenchantée». Le poème Melancholia, où Victor Hugo 9évoque le «bonheur d'être triste», en étant intégré aux programmes scolaires, habitueraient les élèves français à trouver une beauté artistique dans ces mornes sentiments.

    La Pléiade du noir

    Les exemples de ce types de manquent pas. Difficile de parler de Charles Baudelaire 10sans évoquer son spleen, sujet central de plusieurs de ses poèmes. Ce même Baudelaire qui dans ses correspondances avec sa mère écrit: «Ce que je sens, c'est un immense découragement, une sensation d'isolement insupportable, une peur perpétuelle d'un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs, une impossibilité de trouver un amusement quelconque». Une ode à la joie de vivre. n'est-ce pas?

    Albert Camus 11et Jean-Paul Sartre 12auraient «adopté l'ennui comme un mode de vie et philosophique». Françoise Sagan 13a intitulé son premier roman Bonjour tristesse, qu'elle ouvre avec cette complainte: «Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse». L'article cite également «les personnages de Michel Houellebecq 14qui mènent invariablement une existence vide, souvent sordide, et sont toujours déçus». Tous ces auteurs, chéris par les lecteurs français, participeraient à la vaste institutionnalisation de la culture de la morosité.

    La déprime comme force créative

    Pourtant, derrière ce lourd diagnostic, on pourrait trouver des vertus à ce pessimisme ambiant. Pour The Economist, «cette négativité a stimulé la créativité française». Le scepticisme et le refus de l'autosatisfaction aurait permis l'innovation culturelle. «Ce pays trouverait un certain plaisir à être malheureux», résume l'économiste française Claudia Senik. Ce qui fait dire à l'hebdomadaire anglo-saxon: «La France aurait-elle offert l'existentialisme au monde si Sartre avait été un joyeux luron?».

     

     


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  • Hymne à la solitude

    Paysage nocturne

    Ecrit par

    Muriel Roiné

     

     

    Premier acte

     

    Cache, cache, cache mon cœur,

    Aux impulsions du temps,

    Je me soustrais,

    Aux battements citadins.

    Lovée au creux de mon instance silencieuse,

    Mes amours défilent, imaginaires et lointaines,

    Et c’est ainsi que je t’aborde, mon amour.

    Voile flottante chargée de brume,

    Au détour d’une nuit, rivages incertains,

    En vue, peuplée d’étoiles, je te vois et j’accoste.

    Enfin !

    J’entends des sons qui m’étaient inconnus,

    Et sur le sable mouvant où mes rêves s’égarent,

    J’avance. Une voix chaude à la brise du soir,

    Suave, jaillit du fond des airs

    Me saisit, et c’est mon seul repère.

    Nuit profonde peuplée d’ailleurs

    Pour mes pas vers tes pas, et demain,

    Chant de l’oued et des grandes étendues sèches,

    Roc de la soif, pierres incandescentes,

    Le soleil se couche rouge, le soleil se lève vert,

    A mes portes le désert opaque et blanc

    Je marche vers toi à l’aube de toujours,

    Et de cela, je sais déjà,

    Dans ta maison de granit, de lumière et de vent,

    Tu m’attends, me souris et m’attends.

     

     

    Deuxième acte

     

    Aux bords des vasques emplies d’eau,

    Les palmeraies bruissantes se penchent

    Amies de toujours en berceaux,

    Vers ton corps souple et dur, allongé, nonchalant,

    Pour ta fine main posée sur le marbre blanc,

    En errance d’un fruit à croquer, à manger,

    Jus sucré sur tes lèvres pleines et rouges

    Yeux mi-clos à la fraicheur du jour,

    Premières lueurs d’un matin d’été.

    Puis soudain se soulèvent les voiles blanches

    Et flottantes de ta tente, tes yeux s’ouvrent

    Emportant pour un temps les sourires éphémères

    Que ton corps éveillé en émoi libère,

    Tu gémis et te lèves.

    Enfin !

    Dehors tout a changé, c’est le sud en plein nord,

    Tu te lèves et t’étonnes encore.

    Hier, c’était hier, tréfonds vertigineux et sonores :

    Echos en résonance pour ta voix solitaire,

    Calotte glaciaire pour ta tête en couronne,

    Vent arctique pour tes pensées sommaires.

    Et sur ton front le pur sillon horizontal,

    En fine lame tracée pour ne pas oublier,

    Les jours d’autrefois qui déjà vers demain passent.

    Tu souris, et m’attends et souris.

     

    Troisième acte

     

    Au charme du sable brûlant, mon corps

    Appesanti succombe et tombe,

    Sous le soleil de plomb en plein midi,

    Lèvres entrouvertes je me suis évanouie.

    Et s’efface la trace derrière moi, à peine ébauchée

    La grande main du temps qui fait tout oublier,

    Les rêves, les attentes et les peurs aussi,

    Pour ce temps défini où je me suis endormie.

    Vais-je mourir ici,

    Loin des tourments ? Mais la voix me rappelle ici-bas.

    Reg saharien détrônant le sud et soufflant

    Sa chaude haleine, puissante et envoutante

    Et caresse mes seins jusqu’aux entrelacs de mes reins,

    Quand soudain

    Une source jaillissante en fine gerbe de pluie,

    Puis en cascade, arrose les jardins inédits

    De mes soifs multiples

    Je me réveille et te vois qui me souris.

    Enfin !

    Homme aux cheveux d’or, de paille et de sang

    En terre glaise, rouge safran, profond

    Sûr et dur, pour moi étincelant

    De ta main tu tiens la jarre vivifiante et déverses.

    De l’eau de ton lit je me désaltère,

    Comme une enfant enivrée par la vie.

    Tu me saisis, me prends et me saisis.

     

    Quatrième acte

     

    Trainée de poudre d’or, ami céleste,

    Au large manteau orné de jaspe et jeté

    Sur tes épaules en un revêtement blanc,

    Tu peux lever les yeux et t’en aller ainsi,

    Conquérir les étendues sauvages invisitées de toi.

    Du pur sang de ton âme, tu montes

    Et chevauches. Ton coeur tressaille alors

    Et ton corps défaille plus encore

    D’avoir trop longtemps désiré sans chercher,

    Aux bords des fontaines immédiates, assoiffé,

    Emmailloté de silicone-lèvres et poivre

    Et dégouté. Te voilà ainsi hématomisé.

    Du bleu de l’âme jusqu’au cyan de tes yeux,

    L’horizon devant toi, se déroule idoine

    Et s’enroule sur ton franc étalon d’acier,

    Et de ses pas qui s’enchaînent avec lui,

    Tu franchis le gué magique, invisible.

    C’est pour elle désormais qu’interdit tu arrêtes

    La trace de tes revues errantes et solitaires ;

    Allongée, tu la vois, elle est là !

    Dans ses mille voiles de grâce écorchée,

    A la lisière retenue de tes yeux étonnés,

    Tu voudrais alors pleurer mais ne sais,

    Où vont les ruisseaux que la source retient,

    Ou comment la pierre immobile

    Des dures journées d’hier, se déplace.

    Tu descends, l’envisages et descends.

     

    Cinquième acte

     

    Qui retient les jarres de granit emplies d’eaux

    Et les fontaines magnifiques de nos larmes capturées ?

    Aux contours du levant, je me suis éveillée.

    De ma robe déchirée je ferai un braisier

    Aux mille étincelles colorées pour étonner

    Tes yeux en fragments de diamant éclatés.

    Ne le dis pas trop vite, ne le dis pas trop vite !

    De peur que les étoiles, jalouses, rougissent

    Et ne jettent sur son regard de pluie,

    Leurs manteaux d’hiver et de nuit.

    Où vont nos chemins de poursuites entrelacées,

    Vers quelles impasses sombres et closes s’achèvent-elles ?

    Dans ma maison de mystère et de sang,

    Mes pieds nus caressent la roche polie et froide.

    Pour t’attendre, j’ai ôté mes vêtements,

    Et c’est pour toi qu’assise en braise dilatée,

    Se penche la douce clarté du luminaire brisé.

    Quand soudain, s’envole le papillon fragile

    De nos gestes maladroits et serviles !

    Soulevant le voile, tu entres sans un bruit !

    Enfin !

    Eveillant mes abysses, tu poses ton sablier d’argent,

    Vers ce temps défini qu’en amant tu visites,

    En points ponctués de traits escarpés et

    Pour nos deux corps qui s’unissent, j’écoute

    La longue plainte rassurante et rauque, quand

    Tu m’enlaces et frémis et m’enlaces.

     

     

    Sixième acte

     

    Tu entres sans un bruit inonder les paradis enfouis,

    Et demain déjà se penche, invincible.

    Cri d’appel de nos deux vies unies déjà s’achève,

    Pour ne pas mourir, blanc, terrible et doux.

    C’est le blizzard sur les steppes arides qui souffle

    Son haleine acérée et tranchante.

    Ainsi s’en vont les rêves d’enfant et les rires enchanteurs.

    Car déjà passe la fine mélodie d’un monde meilleur,

    Fragile colombe qui, de son premier envol tremble encore.

    Et monte, et monte encore, et survole les froides nocturnes.

    Oh, je t’aime !

    Retiens-moi et ne pars pas, surtout ne t’en va pas !

    Car demain est déjà là et ce qui meurt aussi, de toi à moi !

    C’est ton corps qui se presse plus fort quand nos sueurs

    Apprivoisées se mélangent, te voilà guerrier !

    Celui de tous les temps amoureux en cet ultime élan,

    Tu prends alors ton arme et de tes mains descends

    Vers les ondes sournoises où je me repose.

    Du plus intense remues les eaux délaissées du lac.

    Tu plantes alors victorieux le délicieux décor et brise,

    Les derniers étaux de glace en un mouvement

    Vif amant et reviens et reprends l’étincelle d’argent

    Pour t’enfouir à nouveau dans les contrées sauvages,

    Et de deux le un s’embrase, irrépressible amour

    Quand ton corps retombe, sourd et lourd, le silence,

    Etonnant, prend sa revanche et soutient sa présence.

    Je t’enlace, me réveille et t’enlace.

     

    Septième acte

     

    Et mes mains tracent des arabesques vides,

    Au milieu des nocturnes, les yeux grands ouverts.

    Et les lignes s’esquivent où ton corps se dessine.

    Il faut à présent se lever. Le jour presse le soleil vert.

    Sous les étoiles, j’ai laissé ma demeure et je devine,

    Le flottement des voiles, là-bas, muettes et lascives.

    Vers le vaisseau d’or, à présent, il faut revenir

    De nos dernières lueurs, se délester le coeur.

    Ami, déjà ! Tu es parti et c’est moi qui m’enfuis

    Vers le bateau qui dort mes pas sillonnent

    Et tanguent leurs fragiles amarres. Vite !

    Mon coeur a revêtu de rien son écrin

    Et du jour qui réclame sa première heure résonne

    Au tout lointain, les battements citadins.

    Ainsi s’en vont les rêves déchus et les voix enivrantes

    Quand lentement la ligne fine des rives s’esquive.

    Ma main soulève alors son tendre voile de nuit

    Et de ses doigts suspendus se pleure de l’au-revoir.

    A présent, de nouvelles terres arides, pour lui.

    De brûlure et de glace le parcours des lendemains.

    J’agite ainsi au plus fort des embruns,

    L’ultime soupir de l’amour qui s’enfuit

    Quand doucement vers l’oubli le navire glisse,

    De l’esquisse au jour sans contour de midi

    Sur le récif se brise ainsi l’hymne de la nuit.

    Où s’en vont les promesses que les baisers écrivent,

    Vers quelles étendues sèches et muettes s’achèvent-elles ?

     

     



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    LES MÉTROPOLITAINES

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  •  Patrick Caujolle était l'invité de l’émission de Jacques Pradel sur RTL « L’heure du crime » pour son dernier ouvrage:

     

     À LA UNE

     On peut podcaster l'émission à cette adresse:

    http://www.rtl.fr/emission/l-heure-du-crime/ecouter/l-integrale-ennemis-publics-n-1-7767430272


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    LES PARENTS ABANDONNÉS

     

    Ils auront tout donné, leur amour, leur tendresse,

    Les heures de leurs nuits au creux de leur détresse,

    Ils n'auront pas compté tout le temps partagé,

    Les chagrins consolés, les cadeaux achetés.

     

    Ils avaient espéré que l'amour se partage

    Jusqu'au bout du chemin qui amène au grand âge

    Et que, quitté le nid, les enfants vous renvoient

    Un peu plus d'affection pour alléger ce poids.

     

    Ils donneraient encore un peu de leur sagesse

    S'ils trouvaient un écho à leur faible SOS,

    Ils n'auront devant eux qu'un mur d'indifférence,

    Ils n'oseront crier pour rompre le silence.

     

    Ils se feraient mendiants pour avoir quelques miettes,

    Qu'un bouche d'enfant picore leur assiette,

    Dedans leurs mains tendues ils ne recevront rien

    Et partiront vaincus comme de pauvres chiens.

     

    Puisque enfin il leur faut bien être de ceux-là,

    Ils vont se retirer, ils ne gêneront pas,

    Mais qu'au jour de leur mort seuls on les laisse aller,

    Ne voudront pas entendre leurs enfantas sangloter.

     

    Jacqueline ESCORIHUELA


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